Visée 2020 : la réglementation E+ C- et les solutions du passif

En ligne avec l’Accord de Paris, la France engage la filière du bâtiment vers une nouvelle ère pour produire des bâtiments à énergie positive et faible empreinte carbone via la réglementation de 2020 et son label E+ C.

Comment le passif répond concrètement à cette réglementation et offre toujours plus de solutions vers un mode de construction plus sain et pérenne ? Comment le recours aux matériaux biosourcés fait figure d’exemple ?

Ce que prévoit la réglementation pour 2020

1) 2020, l’approfondissement de la RT2012

En 2015, la loi sur la transition énergétique et notamment l’article 14 faisait déjà référence aux caractéristiques et à la performance énergétique et environnementale, notamment au regard du stockage de carbone dans les matériaux, des émissions de gaz à effet de serre, des économies d’énergie, de la production d’énergie et de matériaux renouvelables. Dans la dynamique de son prédecesseur, le gouvernement encourage le secteur du bâtiment à aller vers la construction à énergie positive (BEPOS), mais en ralentissant le rythme. Concrètement, cela se traduit par une échéance assouplie de la réglementation en passant ce qui devait être obligatoire en 2018 applicable en 2020.

Ce qu’on peut retenir, c’est qu’en 2020, la lutte contre le changement climatique s’articulera autour de deux grandes orientations pour la construction neuve :

  • la généralisation des bâtiments à énergie positive
  • le déploiement de bâtiments à faible empreinte carbone tout au long de leur cycle de vie (ou énergie grise), depuis la conception jusqu’à la démolition. 

Pour renforcer cette action, L’Etat a également crée un label E+ C et encourage ainsi les premières expérimentations.  Les bâtiments à énergie positive contribueront au déploiement des systèmes de chaleur renouvelable et de récupération (solaire thermique, aéro/géo-thermie, biomasse) ainsi qu’à la production d’électricité renouvelable (solaire photovoltaïque, éolien, cogénération, …).

2) Les premiers bâtiments labéllisés E+ C

Les 7 premières opérations lauréates témoignent de la variété des bâtiments récompensés et des procédés constructifs employés, de la capacité de la filière à se mobiliser pour relever le défi de la transition énergétique par l’innovation, la créativité et le travail collectif.

En Haute-Normandie, l’un des projets titulaire du label E+ C vient d’ailleurs d’être aussi certifié passif : le programme collectif de la résidence passive Alizari.

Afin d’accompagner l’expérimentation de ces Bâtiments à Énergie positive & Réduction Carbone, l’Ademe met en place des dispositifs de soutien financier à la réalisation d’études d’évaluation des impacts environnementaux des bâtiments neufs. A l’avenir, ces dispositifs permettront ainsi de capitaliser sur la base d’un nombre conséquent d’évaluations réalisées conformément au référentiel « Énergie – Carbone ».

3) Fonctionnement 

Un bâtiment  sera évalué sur 2 plans :

  • bilan énergétique sur l’ensemble des usages (appelé bilan BEPOS)
  • le niveau des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie (Eges) ainsi que sur les produits de construction et des équipements utilisés (Eges PCE)

La méthode de calcul de ces indicateurs est décrite dans le document « Référentiel Energie-Carbone – Évaluation de la performance énergétique et environnementale des bâtiments neufs ». On peut noter que l’évaluation se fera en comparaison à un bilan énergétique maximal ainsi qu’un niveau d’émission de gaz à effet de serre maximal (toujours sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment).

Voici un résumé du référentiel pour vous aider à visualiser les changements de cette réglementation.

2020, la solution passive

Vous avez pu le constater avec la résidence passive Alizari, construire en passif répond déjà à la réglementation de 2020 grâce au niveau énergétique atteint.

En effet le passif recourt massivement à la première matière considérée comme biomasse, le bois. Celui-ci permet la création de produits de construction comme les structures porteuses, le bardage, les menuiseries, les panneaux de bois, la laine de bois ou encore le bois en vrac. Matériau renouvelable, il a pour avantage d’être performant en terme acoustique et thermique et contribue au confort d’été. Dans notre rapport d’activité, nous citions les bâtiments passifs comme constitués à plus de 70% de bois mixte (bois-maçonnerie/ béton) dont 47 %  en bois seul. Etienne Vekemans, président de La Maison Passive, nous explique l’émergence du bois et des matériaux « bio-sourcés » :

« Le bois et les matériaux bio-sourcés étant pour la plupart des matériaux issus de la croissance des plantes, réalisée par le stockage du CO2 de l’air sous forme de carbone pendant le processus de photosynthèse, ils sont des puits de stockage de CO2, tant que le matériau n’est pas détruit. Cette capacité à piéger le CO2, tout en étant des produits souvent issus de filières « locales » en font des produits largement favorisés par les pouvoirs publics et les décideurs locaux. »

Depuis le décret du 19 décembre 2012 sur la création du label « Biosourcé », la matière biosourcée issue de la biomasse végétale ou animale peut s’utiliser comme matière première dans des produits de construction et de décoration, de mobilier fixe et comme matériau de construction dans un bâtiment.

Des bâtiments passifs construits en Biosourcé

Construire avec le biosourcé permet de réduire l’empreinte carbone et conduit à la préservation des ressources naturelles. Si on ajoute un aspect local, l’avantage est démultiplié. En France, la disponibilité de la ressource est immense. Plus de 2 000 scieries présentes sur le territoire permettent une grande exploitation du bois. Pour le bâtiment, cela constitue une mine d’exploitation.

Pourquoi alors utiliser le biosourcé dans le bâtiment ? Si on utilisait seulement 5 % de la paille qui retourne au sol, on pourrait isoler 500 000 logements par an. La paille est pratiquement gratuite et constitue l’énorme avantage de se trouver partout.

Franck Janin, membre de La Maison Passive et constructeur de maisons passives et paille, travaille avec des matériaux biosourcés depuis toujours : « Ma devise est de construire passif & paille. Je dis souvent que je travaille dans le BTP (Bois Terre Paille). » Son but est de réduire le plus possible l’empreinte énergétique pour diminuer la consommation du bâtiment.  La paille est le matériau le plus simple et le moins transformé. D’après lui : « La paille isole très bien et brûle très mal. Le projet exemple comprend une ossature en panneau de bois à l’intérieur & isolant paille et un enduit à la terre crue pour l’extérieur. La terre apporte une inertie supplémentaire et un apport en terme de confort (régulation thermique). Fréquemment, nous utilisons même la terre disponible sur le terrain. »

La paille s’est donc imposée au fur et à mesure comme son matériau de prédilection. Le seul inconvénient étant qu’elle réclame une plus forte main-d’oeuvre. Ceci induit un développement du tissu économique local, ce qui constitue, selon notre expert, un argument pour relativiser cet inconvénient.

La paille, c’est notamment l’isolant choisi pour la construction de la résidence HLM de huit étages Jules Ferry à Saint-Dié-des-Vosges (Lorraine).

  • Résidence collective, le cas de Saint Dié

Datant de 2013, cette construction bois utilise également les bottes de pailles comme isolant thermique pour les murs extérieurs de la structure. Pour visualiser cette construction, une vidéo est disponible avec une animation en 3D.

  • Habitat individuel, la maison de Bréançon 

Construite en 2016 par le cabinet d’architecture Atelier 970, cette maison individuelle totalise une superficie de 194 m² . Dans cette construction, on peut retrouver des panneaux de gypse, de la cellulose de bois qui contribue à sa faible empreinte carbone et teneur en énergie grise.

  • Construction tertiaire, la maison de la petite enfance à Cormenon 

Depuis 2013, la Maison de la Petite Enfance à Cormenon est aussi construite en paille. Elle s’étend sur une surface de 248 m².

Pour approfondir le sujet

Pour aller plus loin dans le biosourcé, la Fédération Française du Bâtiment propose un guide des matériaux biosourcés.

Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) propose des explications du label E+ C– en 5 vidéos.